L'inadaptation d'un paysagiste à son décor en mouvement.
Ardèche, 4 août 2019. La forêt a brûlé, la rivière a séché, les cigales ne se taisent jamais. Un autre 4 août, jadis, on avait juré d'abolir les privilèges. Alexis, paysagiste de formation, au RSA, sans voiture, tenu à l'écart du travail et des autres, erre dans ce paysage calciné où l'aridité du monde répond à celle des vies qu'on abandonne. Les jours se ressemblent sans jamais s'assembler. Il ne lui reste qu'un geste : prendre soin de ce qui vit encore.
Un homme relève une pierre tombée d’un muret, sur un versant d’Ardèche que la sécheresse a vidé : forêt brûlée, rivière retirée, cigales qui saturent l’air sans répit. Alexis est paysagiste de formation. Il n’a pas de jardin à cultiver.
Nous avons tourné un 4 août où tout se dessèche en même temps : la terre, les privilèges et les vies qu’on y abandonne. Jours Blancs est un film collectif, et nous l’avons pris au mot. Les choix de récit ne reviennent à personne en particulier : ils se sont assemblés à plusieurs.
Au RSA, jeune, sans voiture, Alexis est tenu à distance de tout — du travail, du mouvement, des autres. Le même soleil qui calcine le paysage assèche le lien social. Les deux aridités riment.
Contre ce double assèchement, Alexis ne sait faire qu’une chose : prendre soin. Un oiseau relevé, un insecte arraché aux flammes, un chemin de pierre rebâti — des gestes minuscules, sans rendement, et le film en fait sa politique. Le format carré enferme, les cigales ne lâchent jamais, la musique cogne : la forme épouse l’enclave au lieu de la commenter. L’épigraphe prêtée à Chirac tranche la question de classe — tout Jours Blancs tient dans cet écart : il y a ceux qui passent au rouge, et celui à qui l’on conseille de faire de l’auto-stop.