Conte philosophique qui désagrège l'idée d'identité.
Aujourd'hui est un jour important pour notre quidam qui va enfin aller voter, faire entendre sa voix. Mais du parcours d'escalade citoyenne à la dégringolade métaphysique, il n'y a qu'un pas, glissant.
1, 2, 3, soleil,
une chute et notre
Quidam perd son ombre.
1, 2, 3, soleil,
une piqûre et notre
Sans-Ombre philosophe.
1, 2, 3, soleil,
une claque et notre
Alter-égo trace son chemin.
Errata, en bon conte apiculturien, évente le miel avec la poésie écrite au katana. Il fait rouler les abeilles et bourdonner les boules à trois trous. Notre quidam chute en disséminant miroirs, ombres et échos qui déraisonnent le récit en donnant naissance à la quête de l'essaim.
Le jour d’un vote, un homme glisse d’une paroi rocheuse et tombe. Dans sa chute, il se met à penser. Avant de tomber, il a refusé de remplir un formulaire — nom, âge, genre, profession, confession, lieu de naissance. Faute de se définir, on le baptise « Sans Ombre » : celui qui ne retient plus la lumière, que le monde traverse. Errata commence là, sur cette violence ordinaire qui somme chacun de prouver en permanence qu’il est bien ce qu’il prétend être.
En Occident, l’identité se pense comme Linné pensait les espèces : une chose close, unique, immuable. Quand la multiplicité affleure, on la range du côté de la folie. Je voulais un conte qui la prenne au sérieux, et sainement. C’est ce que Laplantine nomme la « conception soustractive » de l’identité — celle qui, pour rester « correct », exige qu’on résorbe sa duplicité. Sans Ombre, lui, tombe parmi ses propres fragments : Mémoire l’apiculteur, Critique le samouraï, Action le joueur de bowling, Sur-Moi son double. Une ruche disséminée dont « le centre est partout, et la circonférence nulle part ».
Mes personnages parlent « comme des livres », et c’est voulu. Les textes qui m’ont construit — et qui ont construit la pensée occidentale — ne sont pas là pour être encensés, mais broyés, malaxés, tordus, entrechoqués.
Errata est un conte sans morale, une boussole faussée. À mesure qu’on croit le tenir, il se dérobe : politique puis pas politique, cartésien puis anti-cartésien. Au bout de la chute, Sans Ombre devient Avec Ombre — non pas réunifié, mais stable dans sa multitude. Le train repart. On ne peut pas vivre sans ombre.